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26 mai 2012

Contre le (faux) débat identitaire qui vient

Par Laurent Bouvet

Une élection présidentielle permet souvent de mettre en scène, de manière inaugurale, les débats qui occuperont les années suivantes. Mais celle que nous venons de vivre annonce peut-être une véritable rupture, en tout cas le basculement d’un système politique trentenaire vers un autre. À droite comme à gauche, les lignes bougent. De nouvelles frontières organisationnelles et idéologiques se superposent aux anciennes. Il faut donc tenter d’éclairer ces clivages qui structureront demain le champ politique. Lire la suite…

25 mai 2012

La société désinstitutionnalisée et la demande sociale autoritaire

Par Nicolas Lebourg

La « crise » actuelle est un phénomène global, économique, social, culturel, politique. En de nombreuses nations, elle induit socialement la croissance de tensions altérophobes et la radicalisation de la péjoration des migrants. En France, le phénomène est d’autant plus vivace qu’il s’inscrit dans une histoire au long cours du rapport entre État et société. La modernité (XVe-XVIIIe siècles) fonctionna entre autres sur une « culture de la peur », d’une société qui s’auto-représentait comme « assiégée » et trouvait son unité dans la répression des divers « agents de Satan » (juifs, musulmans, etc.) (1). La rationalisation était aussi à l’œuvre : Louis XIV, afin de limiter le désordre public engendré par les phénomènes de nomadisme dans la France d’Ancien Régime, mit en place une politique d’enfermement dans des hôpitaux généraux qui alliait éducation chrétienne, assistance et contrôle social. Suite à la Réforme et aux Lumières, à la montée en puissance de la bourgeoisie et à l’impossibilité de la monarchie absolue d’éliminer tous les restes de la société féodale au bénéfice de son projet unificateur, la Révolution française a ouvert le temps d’une nouvelle sacralité du politique. Renouvelant les mythes et rituels de la monarchie, le jacobinisme ouvrait l’ère des religions civiques en réaction à la modernité.

Un « siècle des nations » et une révolution industrielle plus tard, le « désenchantement du monde » (Max Weber) et la « mort de Dieu » (Nietzsche) participaient à l’ouverture d’un « âge des masses » (Éric Hobsbawm) où l’individu ne retrouvait sa place que par les projets intégralistes de religions politiques concurrentes (communisme et fascisme). Émergèrent les thèses racialistes (affirmant la scientificité d’une hiérarchie raciale). Massificateur et matérialiste, le racialisme était parfaitement adapté à l’ère industrielle. Il fournit sa légitimité philosophique à l’édification d’empires racistes qui constituaient le dépassement des États-Nations. Lire la suite…

22 mai 2012

Comment Hollande n’a pas perdu la présidentielle

Flickr Galerie de photos de Francois Hollande

Par David Desgouilles

François Hollande a donc fini par résister à la campagne Buisson de Nicolas Sarkozy, accentuée entre les deux tours de l’élection présidentielle. Il avait, au premier tour, retrouvé des voix des classes populaires, y compris dans les fameuses zones péri-urbaines et rurales, supplantant notamment le noniste Mélenchon. Il ne fallait pas trembler, dans ces quinze derniers jours. Ne pas prêter le flanc à l’accusation de candidat du libre-échange, du laisser-faire, de l’Europe-passoire. Martine Aubry, dont l’entourage est colonisé par la gauche Terra Nova, aurait sans doute moins bien tenu la distance, d’autant qu’elle cumulait ce handicap avec le fait qu’elle n’était pas candidate jusqu’à l’affaire DSK (1). Peut-être même Nicolas Sarkozy n’aurait pas de passation de pouvoirs à organiser si les participants à la primaire socialiste avaient eu le nez moins creux. Dès le début de la campagne, à l’automne dernier, Hollande s’est appuyé sur les bonnes personnes et les bons réseaux. Manuel Valls, fut un impeccable directeur de la communication. Il a sans nul doute apporté au candidat sa conviction selon laquelle il ne fallait rien lâcher sur la laïcité. Arnaud Montebourg le choisit, à la surprise de la plupart des observateurs, entre les deux tours de la primaire. Il lui apporta sur un plateau sa plume Aquilino Morelle et le discours contre « le véritable adversaire, le monde de la finance ». Un lundi de la fin du mois de novembre, Hollande reçoit un sondage de BVA qui lui indique un fort déficit dans les classes populaires. Chance historique, il a aussi au courrier le Plaidoyer pour une gauche populaire (2). Un rendez-vous avec quatre d’entre eux est organisé dès le lendemain à l’Assemblée Nationale, puis un séminaire, le 1er décembre à la Maison de l’Amérique Latine. Hollande a compris qu’il ne gagnerait pas avec les élucubrations de Terra Nova. Le discours du Bourget viendra parachever cette réflexion. Outre la fameuse désignation de l’adversaire financier, il martèle à la tribune : « La France n’est pas le problème, c’est la solution ». Lire la suite…

10 mai 2012

Pour aller à gauche, c’est par où ?

 

Par Laurent Macaire et Nicolas Lebourg
avec les contributions des membres de la Gauche Populaire

Durant et après les élections présidentielles, les membres de la Gauche Populaire ont apporté leur contribution à l’analyse du vote. Dans la gauche morale comme dans la gauche radicale, cela a mené à des interrogations quant à notre positionnement. À l’heure où la gauche entre en responsabilité, le débat d’idées est d’importance. Néanmoins, face à certaines confusions apparues, il nous semble important de préciser d’où parle la GP et vers où elle pense que la gauche doit aller. 

D’où vient la Gauche Populaire ?

Tout a commencé dans le cadre de la Fondation Jean-Jaurès par un cycle d’étude de l’Observatoire de la Social-Démocratie consacré aux néo-populismes en Europe et en France, et la manière dont la gauche devait y répondre. Le groupe a grandi par le jeu classique des affinités jusqu’à constituer un intellectuel collectif, informel mais uni, rassemblant des personnes très diverses dans leurs sensibilités et leurs parcours politiques (au sein de la gauche sauf dérogation) : souverainistes ou fédéralistes, jacobins ou girondins, première ou deuxième gauche, individus en délicatesse avec la gauche, écologistes. Lire la suite…

8 mai 2012

Le Peuple et “la France moisie”

2012

Par Stéphane François

Cette campagne présidentielle a montré de nouveau le mépris de certaines élites médiatiques vis-à-vis des classes populaires, en raison du score élevé du Front national, reprenant à leur compte le postulat de Philippe Sollers quant à l’existence d’une supposée « France moisie » (1). Toutefois, évidemment, la réalité est plus subtile. À l’époque, ce texte avait fait scandale, mais l’idée persista et s’enracina chez certaines élites. Elle réapparut régulièrement depuis, tel un serpent de mer, chez des « faiseurs d’opinions » et chez certains intellectuels. Nous retrouvons dans leur bouche le même mépris du peuple que celui des bourgeois de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle : un mépris de classe, les expressions « peuple » et « classes populaires » ayant dans leur discours une même connotation fortement péjorative (les « classes dangereuses »). Cela montre surtout une chose : cette élite, à l’instar de la bourgeoisie arrogante du XIXe siècle, fait preuve à la fois d’une méconnaissance du « peuple » et, paradoxalement, d’une idéalisation de celui-ci ; il doit être comme ils l’imaginent et non pas tel qu’il est. Petit retour en arrière. Lire la suite…

26 avril 2012

Après le premier tour de l’élection présidentielle, les analyses de la Gauche Populaire

Les analyses des membres du collectif Gauche Populaire (GP) ont été nombreuses et bien reprises dans les médias depuis dimanche. La troisième place de Marine Le Pen lors du premier tour de l’élection présidentielle et son score historique pour le FN : 18,03 % des suffrages, soit plus de 6,4 millions d’électeurs, a en effet confirmé les travaux et réflexions menés par le collectif depuis des mois. Il y a longtemps que la GP a malheureusement prévu ce succès en tentant de comprendre les ressorts d’un tel vote dans les catégories populaires en particulier, et essayé d’attirer l’attention à gauche sur le sujet. Voir notamment l’article de Françoise Fressoz et Thomas Wieder : « La “France d’à côté” ne se sent plus représentée » (Le Monde du 06/12/2011), qui reprend en détail les analyses de Philippe Guibert, Alain Mergier et Christophe Guilly, ou encore l’interview de Sylvain Crépon par Coralie Delaume il y a quelques jours, dans laquelle il expliquait pourquoi Marine Le Pen serait bel et bien « le troisième homme » du premier tour. Lire la suite…

2 février 2012

La « Gauche populaire » : késako ?

Ce sont les lecteurs de Marianne qui ont découvert les premiers l’existence de la « Gauche populaire ». Samedi, en page 34 de l’hebdo figurait un article intitulé « Hollande a plus d’un Guaino dans son sac », en référence à Henri Guaino, conseiller et plume de l’actuel président de la République.

Ainsi découvrit-on quelques-uns des visages de la « Gauche pop’ ». Parmi eux, le politologue Laurent Bouvet, qui vient de publier le « Sens du peuple » [1]. Le géographe Christophe Guilluy, co-auteur du « Plaidoyer pour une gauche populaire », dont nous eûmes l’occasion de parler ici, serait également de l’aventure, de même que Gaël Brustier, proche d’Arnaud Montebourg, et co-auteur de « Recherche le peuple désespérément »[2].

Le collectif, dont l’objet est de « ramener la gauche au peuple » serait par ailleurs composé membres caractérisés par « la diversité de leurs sensibilités et de leurs parcours politiques ». C’est en tout cas ce qu’annonce la page de présentation d’un blog tout récemment ouvert. Des membres fort dissemblables, donc, quoique généralement issus de la gauche, et qui se présentent comme « une conjuration » de « souverainistes ou fédéralistes, jacobins ou girondins, première ou deuxième gauche (…) voire, prodige, des écologistes ». Lire la suite…