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La gauche populaire : une conjuration

1 février 2012

Au commencement étaient la Fondation Jean-Jaurès (FJJ) et son Observatoire de la Social-Démocratie (OSD) dont les participants comprirent rapidement qu’ils observaient tout sauf la social-démocratie finissante.

Au fil des séances, leurs regards se portèrent plutôt sur les néo-populismes en Europe et en France et ils cherchèrent la manière dont la gauche devait y répondre. Le groupe avait grandi et les membres brillaient par la diversité de leurs sensibilités et de leurs parcours politiques au sein de la gauche (sauf dérogation) : souverainistes ou fédéralistes, jacobins ou girondins, première ou deuxième gauche… on y comptait même quelques individus en délicatesse de gauche voire, prodige, des écologistes.

Détournées de leur objet et de leur raison sociale initiale, les réunions basculèrent dans la conjuration. Pour tous les membres, répondre à la montée du populisme supposait de rompre avec le social-libéralisme qui avait progressivement rempli le vide à gauche. Le social-libéralisme avait pris la place d’une social-démocratie épuisée par vingt années de crise et l’avènement d’un capitalisme actionarial et globalisé. La principale conséquence de cette nouvelle hégémonie idéologique était la rupture politique avec les catégories populaires au profit des minorités (« jeunes », « femmes », « immigrés », « LGBT », « précaires »…). La coalition de toutes ces minorités devait, selon ses concepteurs, former « un peuple de substitution » en lieu et place des antiquités du siècle passé : le peuple, les classes sociales et la nation. Étrangère à ce projet politique, la conspiration se voulait majoritaire et populaire.

La publication du rapport Terra Nova au printemps 2011 constitua un tournant. L’adversaire, qui jusqu’alors était dans l’époque comme un poisson dans l’eau, montrait son vrai visage. Son triomphe fut aussitôt suivi d’une large prise de conscience et d’une salutaire réaction.

Les conjurés tombèrent les masques et décrétèrent : le retour au peuple. Pour remettre la gauche d’aplomb, une gauche populaire devait adopter une ligne politique claire : le commun plutôt que les identités, le social avant le sociétal, l’émancipation collective plus que l’extension infinie des droits individuels. Seule cette ligne politique permettrait de bâtir une majorité sociologique et électorale. La gauche ne pouvait plus se satisfaire d’abandonner les catégories populaires au Front National ou à l’abstention.

À l’approche des échéances de 2012, les rangs de la conjuration grossirent et tous commencèrent à envisager l’alternance. Il était hors de question que la gauche accédât au pouvoir par effraction, selon l’expression de la propagande gouvernementale. Il était vital que la gauche construisît dans la campagne les conditions d’un exercice durable du pouvoir.

Les conjurés ouvrirent donc un blog.

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