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La Gauche Populaire : la République, rien que la République

1 octobre 2012

 

 

Par Benjamin Jiben Sire pour La Gauche Populaire

Une fois de plus, une livraison du quotidien Libération se focalise de manière caricaturale et biaisée sur la Gauche Populaire, à travers une « enquête », titrée « La Gauche Populaire à la conquête des « petits Blancs » des pavillons » ! Sous la plume de Jonathan Bouchet-Petersen, on découvre un collectif en lequel aucun de ses membres ne peut se reconnaître et qui défend des notions et un vocabulaire qui ne sont pas les siens.

Quand la Gauche Populaire met le doigt sur l’abandon par la gauche des classes populaires et de citoyens (aux origines souvent bien plus diverses que l’image qui en est renvoyée) poussés vers le périurbain ou abandonnés dans des déserts ruraux ne demandant qu’à renaître, nos contempteurs voient, au nom de leur conception identitaire et racialiste, la défense forcenée d’une France de « petits blancs » beaufs, xénophobes et largués. Quand nous cherchons, au contraire, à mettre en avant le commun pour refermer cette fameuse « fracture sociale » repérée au début des années 90 par Emmanuel Todd et préemptée par Jacques Chirac, ces boutefeux continuent, dans la ligne tracée par Nicolas Sarkozy, à trier le bon grain de l’ivraie parmi les citoyens et à servir des clientèles électorales, plutôt que les citoyens.

La crise est économique, sociale, politique et culturelle. Les partis de gouvernement sont amplement démonétisés dans l’opinion. Alors que l’extrême-gauche se cramponne à un ouvriérisme idéalisé, le Front National accélère sa dédiabolisation en accaparant les thèmes républicains, alors même que le parti est intrinsèquement d’extrême-droite. Quant aux solutions qu’il propose, elles sont économiquement surréalistes, socialement iniques, humainement dévastatrices et philosophiquement tragiques. Mais peut-on se satisfaire de fustiger son nouvel électorat, souvent issu de la gauche, alors que celle-ci s’est abstenue depuis trente ans de prendre en considération ses souffrances, ses inquiétudes, sa précarisation comme son insécurité – certes parfois fantasmée et nourrie à des médias idéologues et jetant de l’huile sur le feu ? S’enfermer dans une tour d’ivoire moraliste n’a d’autre utilité que de creuser le fameux fossé entre les élites d’une bourgeoisie urbaine éclairée et le peuple balkanisé, mais aussi de stimuler le vote extrémiste.

L’idée selon laquelle la sociologie du pays aurait, comme par enchantement, changé du tout au tout en 40 ans, voyant la France passer d’un endroit où, en 1974, seuls 0,75 % des citoyens étaient xénophobes à une terre putride de fachos, regroupés de leur plein gré et par altérophobie naturelle dans des ensembles pavillonnaires ou de vieux villages moisis a de quoi surprendre. Quand plus personne ne se préoccupe de la discrimination sociale, territoriale et culturelle (qui touche les deux sexes et toutes les origines), c’est déjà que la République est ébranlée dans ses fondements. Il en est de même quand les uns et les autres se renvoient leur racisme respectif, qu’il soit anti-blancs ou anti-noirs, alors qu’aucune distinction ne doit être faite dans le combat contre le racisme.

Dénoncer les hypothèses et signaux d’alarme lancés par la Gauche Populaire présente surtout l’avantage pour une certaine frange de la gauche, inspirée du cataclysmique modèle zapatériste, de se dédouaner de sa responsabilité dans la situation de la France et de l’Europe. Or, depuis trente ans, nous assistons au ping-pong improductif d’une droite attisant les divisions entre citoyens et d’une gauche légitimant les intérêts particuliers au détriment de l’intérêt collectif. D’un côté des groupes sociaux antagonistes, de l’autre des groupes sociaux égoïstes : il n’en faut pas davantage pour briser le pacte républicain et l’idée de dessein collectif.

Aux fondements de la République il y a la communauté unique, en opposition au communautarisme, et le bien commun, en opposition à l’intérêt catégoriel.

Ces fondements supposent une égale justice et une égale sécurité pour tous, une égale répartition des droits et des devoirs pour tous, sans distinction de sexe ou de sexualité, de confession ou d’origine.

Ils supposent une distinction entre les nationaux, quelle que soit leur origine, et ceux qui ne le sont pas, pour peu que la loi ne conduise pas à des situations totalement ubuesques de familles éparpillées entre différentes nationalités ou de citoyens dans l’incapacité de renouveler leurs papiers au prétexte d’être nés de parents français vivant alors à l’étranger. Sur cette question qui englobe le débat sur le vote des étrangers, cohabitent plusieurs conceptions au sein même de la Gauche Populaire, aucune n’étant alimentée par la question « ethnique ». Il y a ceux qui défendent ce droit de vote à condition de l’étendre à toutes les élections locales (municipales, cantonales, régionales), et ceux qui, indéfectiblement attachés au lien entre citoyenneté et nationalité (pourtant écorné par le vote des ressortissants européens), préféreraient voir assouplies les conditions d’accès à la nationalité.

Ils supposent une protection sans aucune faille des citoyens étrangers présents sur notre sol, autant qu’une attention toute particulière à leur devoir au regard du pays qui les accueille.

Ils supposent une égalité de tous devant le service public et la préservation de celui-ci quelle que soit la nature du territoire où il se déploie. Et particulièrement, un égal accès de tous dans des conditions dignes et décentes à l’éducation, à la santé, à la sécurité, à la culture, dans les zones rurales, comme dans les zones urbaines ou périphériques.

Ils supposent l’assurance de la liberté de culte autant que l’exercice paisible de celui-ci, dans des conditions ne venant porter aucune atteinte au principe intangible de laïcité.

Ni État-providence distribuant ses indulgences au gré des revendications catégorielles, ni État déliquescent abandonnant ses prérogatives à des intérêts privés… C’est cela la République autant que le grand dessein national, et ce sont des valeurs que doit porter la gauche.

C’est à cela que tend la Gauche Populaire. Et ce ne sont pas seulement quelques intellectuels et élus qui en portent le message au sein d’un « groupuscule sulfureux », comme le voudrait Libération. Il y a parmi eux certes des élus et des intellectuels, mais aussi nombre de citoyens, sans étiquette partisane, ni notoriété. Des hommes et des femmes de toute origine qui regardent avec inquiétude la France, l’Europe et le monde et ne veulent pas voir leur pays basculer soit dans le combat identitaire, soit dans les bras des extrêmes, soit dans une dictature néolibérale, soit dans l’alliage de tout ceci. Des hommes et des femmes qui témoignent plus que tout de leur attachement à cette belle idée de gauche dont la source est le peuple et qui se nomme la République… rien que la République…

Un version longue de ce texte est disponsible sur  Wuyilu, le blog de Benjamin « Jiben » Sire

From → Tribunes

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  1. Gauche populaire, on y va. « L'Abeille et l'Architecte

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