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Comment Hollande n’a pas perdu la présidentielle

22 mai 2012

Flickr Galerie de photos de Francois Hollande

Par David Desgouilles

François Hollande a donc fini par résister à la campagne Buisson de Nicolas Sarkozy, accentuée entre les deux tours de l’élection présidentielle. Il avait, au premier tour, retrouvé des voix des classes populaires, y compris dans les fameuses zones péri-urbaines et rurales, supplantant notamment le noniste Mélenchon. Il ne fallait pas trembler, dans ces quinze derniers jours. Ne pas prêter le flanc à l’accusation de candidat du libre-échange, du laisser-faire, de l’Europe-passoire. Martine Aubry, dont l’entourage est colonisé par la gauche Terra Nova, aurait sans doute moins bien tenu la distance, d’autant qu’elle cumulait ce handicap avec le fait qu’elle n’était pas candidate jusqu’à l’affaire DSK (1). Peut-être même Nicolas Sarkozy n’aurait pas de passation de pouvoirs à organiser si les participants à la primaire socialiste avaient eu le nez moins creux. Dès le début de la campagne, à l’automne dernier, Hollande s’est appuyé sur les bonnes personnes et les bons réseaux. Manuel Valls, fut un impeccable directeur de la communication. Il a sans nul doute apporté au candidat sa conviction selon laquelle il ne fallait rien lâcher sur la laïcité. Arnaud Montebourg le choisit, à la surprise de la plupart des observateurs, entre les deux tours de la primaire. Il lui apporta sur un plateau sa plume Aquilino Morelle et le discours contre « le véritable adversaire, le monde de la finance ». Un lundi de la fin du mois de novembre, Hollande reçoit un sondage de BVA qui lui indique un fort déficit dans les classes populaires. Chance historique, il a aussi au courrier le Plaidoyer pour une gauche populaire (2). Un rendez-vous avec quatre d’entre eux est organisé dès le lendemain à l’Assemblée Nationale, puis un séminaire, le 1er décembre à la Maison de l’Amérique Latine. Hollande a compris qu’il ne gagnerait pas avec les élucubrations de Terra Nova. Le discours du Bourget viendra parachever cette réflexion. Outre la fameuse désignation de l’adversaire financier, il martèle à la tribune : « La France n’est pas le problème, c’est la solution ».

Mais, il manque une pièce au puzzle hollandien. Une pièce familière, qu’il n’a pourtant guère ménagée. Comme Valls et Montebourg, Ségolène Royal s’est très vite désistée pour lui dans le duel final face à Martine Aubry. Pendant toute la campagne, elle s’est montrée exemplaire dans le soutien au candidat. Lui n’a pas montré davantage d’élégance envers elle, mettant très en avant sa nouvelle compagne (3). L’échec de Royal à la primaire ne doit pas faire illusion. Si son score fut si faible, c’est parce que les petites gens (4) qui l’aiment ont peu voté, au contraire des fonctionnaires. Ces derniers, pour signifier leur défiance face à la financiarisation et le libre-échange intégral, lui ont préféré Montebourg. De même, il faut se souvenir de sa passe d’armes avec Cécile Duflot suite à la décision gouvernementale sur les zones noires consécutives à l’ouragan Xinthia ou à l’occasion de son combat contre la taxe carbone. A cette époque, Ségolène Royal souhaite déjà prendre la défense de la France qui vit dans des pavillons en zone rurale ou périurbaine. Elle a lu Recherche le Peuple désespérément (5) de Brustier et Huelin. Elle sait donc déjà, à l’époque, qu’il ne faut pas laisser ces classes populaires ou moyennes déclassées à Marine Le Pen ou Nicolas Sarkozy, sous peine de défaite assurée.

Au lendemain du premier tour, lorsque cette France des invisibles donne des scores en grande augmentation à Marine Le Pen, même dans son ouest poitevin, elle ne doit donc être nullement étonnée. Et c’est elle qui monte à l’assaut pour expliquer qu’il ne convient pas de dénigrer ni d’insulter ceux qui ont voté pour la candidate frontiste, ajoutant sans crainte de désespérer Libé, que « ceux qui s’inquiètent des flux de clandestins ne sont pas des racistes ». Dans le même entretien, elle évoque même l’insécurité culturelle, terme qui vaut notamment aux initiateurs de la Gauche populaire d’être, quelques jours plus tard, accusés d’être « pires que l’extrême-droite », selon le directeur-adjoint du quotidien de la rue Béranger. François Hollande, en particulier dans cette campagne du second tour, s’est engouffré dans la brèche ouverte par Ségolène Royal. Il n’a pas cédé un pouce à Nicolas Sarkozy sur ce terrain-là, n’écoutant ni Libé, ni les Inrocks. Alors que Nicolas Sarkozy le pilonnait sur ce thème, reculer, c’était prendre le risque de perdre (6).

Il y avait de « l’ordre juste » dans cette posture. Un ordre juste qui rappelait le slogan de campagne de Royal en 2007. Avec le recul, on est moins tenté de se moquer de Ségolène Royal fêtant ses 47 % comme une victoire sur le toit de Solférino. Face à une telle bête de campagne, avec un parti qui la soutenait comme la corde le pendu, Royal apparaît aujourd’hui avoir fort bien résisté. Qui sait si ce n’est pas cette défaite inévitable qui a donné cinq ans plus tard les clefs de la victoire au père de ses quatre enfants ? François Hollande, sans doute instruit de cette leçon, n’a finalement pas connu ce 6 mai le destin de Lionel Jospin le 21 avril 2002, quand les ouvriers avaient préféré Le Pen à la gauche.

1. Rappelons que Hollande avait l’intention d’aller au bout de sa candidature à la primaire socialiste y compris face au directeur du FMI. Martine Aubry, elle, avait passé un accord et aurait davantage prêté le flanc à l’antienne de Nicolas Sarkozy, selon laquelle tout le PS voulait se ranger derrière la candidature de DSK.
2. Plaidoyer pour une gauche populaire. Signé par Laurent Baumel et François Kalfon, cadres du PS avec la participation de six intellectuels : Laurent Bouvet, Rémi Lefebvre, Philippe Guibert, Alain Mergier, Christophe Guilluy et Camille Peugny.
3. « Valérie est la femme de ma vie » confie t-il à Gala au moment même ou son ex la soutenait contre Martine Aubry. Lors du discours au Bourget, il oublie aussi de citer Ségolène Royal.
4. Qu’on se souvienne du happening « Fra-ter-ni-té » au Zénith – plein à craquer – en septembre 2008. Il suffisait de regarder la tenue des participants, majoritairement Kiabi, pour s’apercevoir qu’elle avait su garder avec beaucoup d’ouvriers et employés des liens forts depuis l’élection de 2007. Six mois plus tard,  le Printemps des libertés organisé par le PS dans la même salle accueillit moins de 500 personnes.
5. Octobre 2009 – Editions Bourin, ce même éditeur qui publie par la suite Fractures françaises de Guilluy, ce qui n’est pas un hasard.
6. Finalement, Nicolas Sarkozy n’a recueilli que la moitié des voix lepénistes, le reste se répartissant entre votes nuls, abstentions et suffrages pour le nouveau président.

From → Tribunes

3 commentaires
  1. tien permalink

    Hollande est malheureusement condamné à suivre ceux qui ont fait un coup d’état européen ! D’ailleurs il fait partie du même groupe !

    http://effondrements.wordpress.com/

  2. André Ponchel permalink

    Je rebondis sur un point qui a été à peine analysé: l’échec de S.Royal au primaire . Pour ma part, à partir des observations faites dans ma petite ville moyenne, je l’attribue à 2 causes : la candidature Montebourg (suscitée?) qui lui a enlevé bien des voix ; ensuite le fait que les classes populaires qui lui avaient fait partout un excellent accueil aient estimé que cette procédure n’était pas faite pour eux. Cela pose quand même des interrogations sur cette procédure des primaires …qui a exclus les exclus !

Trackbacks & Pingbacks

  1. Politeeks » Je suis proche de la #gauchepop

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