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La Gauche populaire a reçu Alain Laurent pour parler d’Ayn Rand

26 octobre 2012

Ayn Rand

« What’s the matter with Ayn Rand ? », c’est la question que s’est posée la Gauche populaire mercredi 24 octobre 2012 en invitant Alain Laurent, spécialiste du libéralisme et biographe de la philosophe américaine (1905-1982) qui règne aujourd’hui en maître à penser du camp conservateur anti-Obama. Tel était l’objectif de la soirée : comprendre qui était Ayn Rand, quelles sont ses idées et surtout pourquoi celles-ci inspirent, 30 ans après la mort de Rand, des mouvements populistes et radicaux tels le Tea Party ou des hommes comme Paul Ryan, le colistier de Mitt Romney ?

Après avoir déclaré : « Si je devais rendre hommage à une personne pour m’avoir fait entrer en politique, ce serait Ayn Rand. Car, ne vous trompez pas, le combat que nous menons est une lutte de l’individualisme contre le collectivisme. », Paul Ryan –catholique – semble s’être aperçu que Rand était viscéralement athée et pro-choice. Il a donc rapidement abjuré sa foi randienne ! Toutefois, Obama a senti que le débat politique se posait bien en termes randiens car, à l’opposé de la philosophe qui professe que l‘on ne doit rien à personne et surtout pas à la société, le président américain a déclaré à son tour : « si vous avez réussi, c’est qu’un jour quelqu’un vous a aidé (…) Quelqu’un a aidé à construire cet incroyable système américain qui est le nôtre. Quelqu’un a investi dans les routes et les ponts… ». Dans cette campagne électorale, Ayn Rand est donc partout. Notamment au cœur des réunions du Tea party où certains participants arborent des panneaux interrogeant : « Who is John Galt? ». Il est nécessaire de préciser au public français que John Galt est le héros du livre culte d’Ayn Rand et que la question citée revient comme un leitmotiv dans tout l’ouvrage.

En effet, derrière cette « vertu d’égoïsme » qui fait de Rand une libertarienne, adepte d’un État minimal, se cache une œuvre qui reste à découvrir ne serait-ce que parce qu’elle représente une influence majeure dans la culture de la classe moyenne américaine. Une étude de 1991 a d’ailleurs fait de Atlas Shrugged (1957 – traduit en 2010 aux Belles lettres sous le titre La grève) le livre qui a eu le plus d’influence sur les américains après… la Bible ! Aux millions d’exemplaires vendus dans les années 60 (Hilary Clinton avoue qu’elle aussi, lorsqu’elle était étudiante, a eu sa période Ayn Rand), s’ajoutent désormais ces centaines de milliers d’exemplaires vendus depuis l’élection d’Obama (aidés peut-être par des think tanks républicains qui achètent massivement les livres pour en inonder leurs partisans).

Après avoir écouté l’exposé d’Alain Laurent concernant la vie, l’œuvre et la pensée de Rand, la discussion a porté sur plusieurs thèmes intéressants directement la réflexion de la Gauche populaire.

Rand a su créer, à l’aide de la littérature, un mythe politique populaire… ancré plutôt à droite et radicalement individualiste. Une robinsonnade à partir de laquelle des millions de personnes aux États-Unis et dans le monde se déterminent politiquement. Cela ne s’était pas vu depuis Rousseau, dont l’Émile a régné dans le public cultivé et éclairé à la fin du XVIIIe siècle et durant tout une partie du XIXe ; peut-être aussi depuis Les Misérables de Victor Hugo (qui était d’ailleurs l’auteur préféré de Rand). Politiquement, John Galt n’est ni Émile ni Jean Valjean, mais il en a la carrure mythique. À l’heure où le peuple souffre de n’être représenté ni politiquement, ni médiatiquement, ni même artistiquement, l’acclimatation de la pensée de Rand en France donne à réfléchir sur la capacité à offrir sens et forme à un collectif qui a le plus grand mal à se penser comme tel et n’est plus renvoyé qu’au destin singulier de ses composantes individuelles. Le nombre de ventes de La grève dans les prochaines années nous renseignera peut-être sur la vigueur du récit individualiste. À moins que le camp adverse ne mette au point son propre récit populaire.

L’autre aspect de la pensée de Rand à laquelle la Gauche populaire ne peut pas rester indifférente concerne sa critique de l’establishment (les élites dirait-on aujourd’hui) au nom de la réalité que vivent les individus concrets et notamment les plus humbles d’entre eux qui produisent quelque chose à partir de leur travail. Sa philosophie du travail oppose donc les makers (ceux qui produisent) aux takers (ceux qui prennent et en premier lieu l’État et ses bureaucrates). Si Ayn Rand n’est pas Orwell, il existe tout de même chez elle, comme chez lui avec l’idée d’une common decency nichée au cœur du peuple, la reconnaissance d’une vertu des gens de peu qui, s’ils travaillent, sont éminemment respectables. Si la Gauche populaire peut se retrouver momentanément en accord avec un tel point de vue puisqu’elle est la première à appeler la gauche à renouer avec cette catégorie de la population, elle s’en éloigne pourtant à la fois sur sa vision de l’homme et sur son absence de pensée des inégalités.

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